13 décembre 2009
Master 2
Après la fin des examens, je suis revenue suivre les cours de mon nouveau Master 2. Je n'y avais pas mis les pieds depuis plus d'un mois, à cause de ces fichus examens. J'aurais peut-être pu cumuler les deux car il n'y a pas tant de cours à la fac, mais j'ai besoin de longues plages horaires pour travailler efficacement. Vous me connaissez, ce n'est pas parce que j'ai deux heures devant moi que je vais être efficace tout au long. Je vais peut être travailler une heure au mieux. J'ai donc besoin de journées entières, d'autant plus que même si au final les oraux étaient plus faciles que les écrits, ils étaient aussi presque plus stressants et que j'ai bien souvent craint de ne pas réussir..... Je voulais mettre toutes les chances de mon côté, pour au moins ne rien regretter. Pour moi, le CRFPA était plus important que le Master.
Maintenant pourtant, je me rends compte du retard que j'ai pris. Certes, les cours n'ont pas été légion. J'ai rattrapé pratiquement tous les cours, je suis en train de les lire. Pour la première fois, je m'investis dans le Master pour un exposé de droit fiscal. Rien de bien fascinant, et même un peu embarrassant à un moment où je méritais bien une petite pause pour profiter de la vie et des voyages..... Néanmoins, cela ne me fait pas de mal de bosser un peu. Les examens approchent, mais avant, il y a les fêtes de Noël sur lesquelles je compte pour boucler mes révisions.
Il y a aussi un travail de groupe à faire pour janvier. Nous étions partis motivés, mais la motivation s'est ensuite essouflée et maintenant il ne nous reste plus beaucoup de temps. Nous avons annulé toutes nos réunions au fur et à mesure faute de trouver un créneau horaire qui convienne à tout le monde. Je pense compter parmi les gens les plus en retards à cause notamment de ces fichus examens. Néanmoins, là encore les vacances de Noël devraient me permettre de souffler un peu et de rattraper tout cela.
Le Master devient important pour moi car il conditionne la suite de mon parcours à l'école d'avocats. Je dois impérativement l'obtenir, ce qui devrait pouvoir se faire sans trop de problèmes. C'est d'un bon niveau, mais avec un minimum de travail, tout devrait bien aller. Depuis l'origine, tout le monde a eu son Master 2 dans mon université, quitte à aller au rattrapage.
Le marché de Noel !
A Strasbourg, il n'y a pas que la CEDH, quand même ! il y a aussi, surtout en cette période, le marché de Noël !
C'est une ville charmante, très bien décorée pour les fêtes, de jour comme de nuit. Les maisons à colombage, encadrant joliment le Rhin, reflètent bien les caractéristiques typiques de l'endroit. En réalité, il n'y a un seul marché de Noël, mais 17 petits ! Les stands sont de petites maisonnettes en bois décorées aux couleurs de Noël, et vendant des produits typiques ou des cadeaux potentiels. Le plus grand est situé devant la splendide cathédrale. On peut aussi croiser une patinoire, un grand sapin accompagné d'une crèche et quelques animations. La nuit, les maisons sont illuminées chacune à leur manière....... C'est charmant,
mais rien ne sert d'en parler, il faut mieux voir les photos ! 
Visite de la Cour Européenne des Droits de l'Homme
Mercredi matin, c'était audience à la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH pour les intimes). Après
avoir passé un mois à réviser les libertés publiques, je peux me considérer comme intime avec cette chère institution. Pour les non-initiés, ma nouvelle amie demeure à Strasbourg, station "Institutions européennes" par le tram. C'est la voisine du Parlement Européen et autres coquetteries dans le genre.
Le bâtiment est moderne, rond et vitré. A l'intérieur, les charpentes sont rouge et bleu vifs, et un escalier en colimaçon trône au milieu. En l'escaladant, c'est amusant de regarder en bas ! Le tout forme un intérieur agréable, bien qu'un peu destabilisant par son côté moderne.
Chaque requérant peut saisir la Cour lorsqu'il estime qu'un de ses droits fondamentaux a été violé, à condition d'avoir épuisé les voies de recours internes à son pays. Il intente alors une action contre son propre Etat. De nombreux Etats sont condamnés, en premier lieu la France.
Dès l'arrivée, petite déception : nous ne sommes pas installés dans la salle d'audience même mais dans la salle de retransmission de la presse. L'écran est gigantesque mais nous apprenons que l'audience est rediffusée à 14 h 30 sur Internet : autrement, nous aurions pu rester à la maison. Certains grognent, mais de mon côté, la déception est vite oubliée car l'audience se révèle extrêmement intéressante. Nous y avons accès en français et en anglais, grâce à un casque. La traductrice simultanée se révélant parfois défaillante (je lui pardonne car l'entreprise est périlleuse), j'alterne entre les deux langues, découvrant avec surprise que je peux presque comprendre la version originale. L'anglais des avocats est tellement châtié qu'il est agréable à écouter.
La salle est grande et moderne, tapissée de bleu et des étoiles de l'Europe. Les juges sont disposés en rond, vêtus de leur robe noire. Les avocats ont leur place chacun à un bout du cercle, devant le public.
Il s'agissait d'une affaire d'avortement. Des irlandaises s'étaient rendues en Angleterre pour avorter, leur pays ne le permettant que lorsque la vie de la mère est en danger ou autres situations extrêmes. En l'espèce, l'une d'entre elles était alcoolique, en situation précaire et avait déjà quatre enfants, l'autre en rémission de cancer. Théoriquement, au moins la dernière aurait pu avoir accès à l'avortement dans son pays, mais les médecins s'y étaient opposés. Elles avaient été condamnées mais n'avaient pas épuisé les voies de recours internes à l'Irlande car leur cas était voué à l'échec. La Constitution Irlandaise est en effet stricte sur le sujet.
Les deux avocats du gouvernement se sont exprimés en premier. Le droit à la vie revêt une valeur particulière en Irlande, a-t-il expliqué. La Constitution elle-même, renforcée par une loi de 2003, ne permet pas l'avortement. Il est hors de question que l'Europe se permette une ingérence dans des coutumes ne la concernant pas. D'ailleurs, le respect de la souveraineté de l'Irlande sur la question était une condition sinequanone de son adhésion au traité de Lisbonne. La mission historique de la Cour est de défendre les droits fondamentaux, indépendamment de la volonté populiste.
L'avocate des requérantes était derrière nous dans la queue. C'aurait été l'occasion ou jamais de lui poser des questions, mais sa fonction n'était pas marquée sur sa tête. Elle explique les situations personnelles difficiles de ses clientes, remet en cause le droit irlandais, trop peu précis à son goût. On n'y dit pas dans quelles situations exactes l'avortement est permis : "pour atteinte à la santé". Mais la santé psychologique y est-elle comprise ?
Des questions étaient ensuite posées par les juges, auxquelles les avocats répondaient. En tout, l'audience
dure deux heures à peu près. A l'extérieur, attendaient des manifestants anti avortement de toutes les nationalités. Le décor était planté ! Il est quelque peu désolant que des femmes se retrouvent encore en situation d'accusée pour avoir pratiqué l'avortement, en Europe, au XXI ème siècle. Elles sont suffisamment en situation de souffrance sans avoir à rajouter des ennuis judiciaires ! De plus, le droit à l'avortement est trop bien ancré dans notre culture pour que la plupart d'entre nous puisse envisager qu'il n'y existe pas !
07 décembre 2009
L'Inscription
Aujourd'hui, inscription à l'école d'avocats. Petite étudiante naïve, je m'imaginais donner tous les documents et le chèque à une même personne, qui me ferait remplir un document, et basta ! En une heure, cela devrait être réglé. Il faudrait sûrement faire un peu la queue......
En réalité, c'était le vrai parcours du combattant (et encore, je pense m'en être bien tirée par rapport à ceux qui étaient convoqués plus tôt.....
Tout d'abord, interrogation concernant la Sécurité Sociale. Devais-je m'affilier ou non ? Etant en Master 2, je me suis déjà inscrite en juillet. Ce n'est donc pas la peine (deux cent euros d'économisés au passage youpi), mais il me faut un justificatif. Ces attestations d'affiliation, c'est toujours un grand dilemme. Il faut aller les réclamer, j'y pense toujours au dernier moment... Avant, je ne savais même pas où les demander. Résultat, j'ai signé deux de mes conventions de stage avec des attestations périmées. Heureusement que je n'ai pas eu de problème.....
Finalement, après un passage au siège de la Sécu étudiante, me voilà au CRFPA. Alors, il faut passer à la comptabilité donner les chèques (et l'attestation), effectuer une demande de bourse éventuellement. Puis, on doit aller au premier étage se faire donner un petit papier qui nous permet d'accéder à la bibliothèque, donner les autres documents à une étudiante qui nous remet en échange des documents d'information sur les choix d'option... Cela semble bien compliqué.
Je me mélange dans les documents. Je les ai tous, j'ai vérifié dix fois, mais je les ai mal classés. Le stress qui me guette depuis le matin s'étend. J'ai toujours détesté les procédures administratives : j'ai du mal avec les papiers en tout genre. Mes mains tremblent un peu, je me sens timide. Presque plus stressée que pour mon grand oral. C'est stupide, aucun problème ne me guette aujourd'hui. Ce ne sont que des formalités.
Mais on me parle de choix d'options, on me demande mon niveau en droit des sociétés, on m'informe qu'il y aura des plaidoiries à préparer toutes les semaines. Il faudra aller plaider tous les mercredis de 18 h à 20 h soit à Versailles, soit à Pontoise, soit à Nanterre ou enfin à Chartres.
Comme à chaque nouvelle étape de ma vie, le stress monte. Les interrogations aussi. Serais-je à la hauteur en tant qu'élève avocate, mais aussi en tant que professionnelle ? Juridiquement, j'ai peut être évolué mais pour autant, mes capacités demeurent limitées par rapport au niveau d'exigence. Les épreuves orales m'inspirent aussi de la peur : je suis instable, peux être brillante mais aussi insipide. Tout dépend de mes nerfs et de mon humeur.
Enfin, le jugement des autres m'importe.Que va-t-on penser d'une future avocate incapable de maîtriser son stress face à la simple épreuve de l'inscription ?
Je me dis que j'ai déjà connu cette envie de me faire toute petite à mon entrée en Master 2. Rien n'a certes été simple mais je m'en suis sortie et aujourd'hui, pour mon deuxième Master, je suis loin de ressentir le trac qui était le mien à l'époque. Je prendrai confiance, j'évoluerai, je travaillerai peut être plus dur que d'autres au début mais je m'en sortirai. Une fois sortie de l'école, mes choix de carrière m'appartiendront. Munie de mes diplômes, j'aurai une certaine liberté.
Au lieu de me torturer les méninges, continuons par un passage à la direction pour un entretien afin de valider son parcours. J'ai choisi le groupe 3, celui avec un Master 2 à l'intérieur (oui, comme dans les emballages papier cadeau), mais je dois faire valider mon choix par le directeur du CRFPA himself. Certains projets peuvent être rejetés.
Il faut marquer son nom sur un tableau, puis le directeur nous appelle au fur et à mesure. Le nom d'une jeune fille retentit.
"Euh, je suis déjà passée, mais j'ai oublié de me barrer."
Réponse du tac au tac. "Moi aussi, je voudrais bien me barrer !"
Il est 17 h 02. Hum, directeur de CRFPA va devenir mon objectif professionnel, me semble-t-il.
Bon, restons sérieux, on va me demander pourquoi je fais un deuxième master.... Mentalement, je commence à élaborer des phrases dans ma tête. Finalement, le monsieur qui me reçoit me demande jovialement quel groupe me conviendrait.
"Groupe 3.... Parfait, va pour le Groupe 3".
L'entretien dure une seconde, j'avais bien tort de m'inquiéter.
Ne reste plus que le test d'anglais à remplir pour effectuer des groupes de niveau. Je m'en suis toujours bien sortie, mais les phrases à traduire semblent difficiles. Finalement, je m'en sors. Ensuite, une BD à commenter en 25 lignes. Comme d'habitude, je brode. Mes réflexions ne me semblent pas très cohérentes, sans pour autant être idiotes non plus. De toute façon, c'est sur l'anglais que l'on me juge... Justement, mon anglais ne me semble pas au top aujourd'hui.....
On nous demande d'évaluer notre niveau. Une phrase saute à mes yeux : "1-Bilinguisme très exceptionnel" J'ai bien envie de remplir cette case, pour rigoler un peu.....
Une petite discussion avec quelques camarades, un quinquagénaire charmant qui a repris ses études, une jeune fille dont le nom est proche du mien dans l'alphabet. Mes amies ne sont convoquées que demain. Enfin, dernière étape : rendre le dossier, le test, et passer me faire photographier. Je discute un peu avec la photographe improvisée et je reçois une superbe carte d'étudiante avec laquelle je pourrais sûrement passer par l'entrée des professionnels au Palais de Justice si l'envie m'en prenait...... Je vais pouvoir frimer un peu.
Supprimer l'histoire géo en terminale ?
En réalité, le titre n'est pas tout à fait exact. Il s'agit plutôt de rendre l'histoire géo optionnelle en terminale, et d'en augmenter le volume en classe de première.
Quel avis avoir sur la question ?
En tant que littéraire, je suis pour la diffusion la plus vaste possible de la culture. Etudier l'histoire et la géographie permet d'acquérir les connaissances nécessaires à une vie en société. On ne peut pas vivre en n'ayant aucune idée de notre passé, même les épisodes les moins connus. Sans les cours du lycée, je ne connaîtrais rien à la guerre des 7 jours en Israël, rien à la Révolution de 1968 en Hongrie, en Tchéquie... Je n'ai jamais réétudié ces notions par la suite. Que l'on soit scientifique ne signifie pas que l'on n'a pas à acquérir la culture de base.Avec ce système, le programme de première, trop chargé, risque d'être bâclé, voire même de ne pas être terminé du tout.
On parle de spécialisation renforcée ? Certes, mais l'enseignement secondaire n'a pas à se rapprocher de l'entreprise (contrairement à l'université). Les lycéens sont là pour se cultiver, ils apprendront un métier après. Chaque chose en son temps.
Tout cela, je le pense.
Néanmoins, d'autres idées me vont venues, qui rendent la réforme moins choquante. Les lycéens de L passent les épreuves anticipées de mathématiques et d'enseignement scientifique en fin de première, sauf à prendre l'option mathématiques. Ceux de ES passent également les sciences en fin de première. De plus, le programme est réduit à peau de chagrin, ce doit être le niveau CM1 à peu près.
Pourquoi exigerait-on des seuls scientifiques de suivre toutes les matières tout au long de leur cursus ? Le programme des S est déjà bien chargé pour des élèves ayant entre 16 et 18 ans. Ce n'est pas comme si on supprimait totalement l'enseignement de cette matière. Un élève qui ne prendrait pas l'option aurait une heure et demi de moins par semaine en histoire géo. Il aurait malgré tout le temps d'acquérir les bases.
Effectivement, je comprends mieux l'argument de la revalorisation des autres filières, moi qui ai toujours été une ardente défenseure de la voie littéraire. Ce serait peut être la fin de l'attitude stupide consistant à faire S à tout prix, même si on n'aime pas les maths, même si on n'a pas le niveau. En effet, ce serait la voie royale pour l'insertion professionnelle, même si on ne compte pas entamer d'études scientifiques. Résultat : de nombreux élèves qui se seraient épanouis dans une autre filière traînent les pieds pendant deux ans en S, sous la pression parentale ou sociale. Ils finissent par intégrer une fac de droit ou de sciences humaines, alors même qu'un bac ES ou L les aurait mieux préparés à ce genre de parcours.
Désormais, la filière Scientifique serait clairement à destination d'un public scientifique. Après tout, que les L ou les ES n'étudient pas les sciences ne fait pas polémique. Or, dans l'absolu, il est dommage de les priver d'une culture mathématique et logique convenable. (Euh, personnellement, je considère que la vraie culture, c'est la culture littéraire, historique, politique ou économique.... Mais au nom de l'égalité, je ne vois pas pourquoi la culture scientifique ne serait pas mise au même niveau.) Ou bien considère-t-on ces lycéens comme moins brillants, moins intelligents que les autres ?
De toute façon, quelqu'un qui veut apprendre a les moyens de le faire : déjà en prenant l'option en terminale, et ensuite en se cultivant par lui-même tout au long de sa vie. De même, quelqu'un qui n'est absolument pas intéressé par ce genre de discipline aura tôt fait d'oublier ce qu'on lui a appris. Si j'avais continué les maths ou les sciences jusqu'à la fin du lycée, j'aurais tout perdu aujourd'hui.....
Finalement, je ne sais pas encore trop quoi penser, mais il me semble que les deux points de vue se défendent. En tout cas, la réforme n'est pas si choquante que cela. Les médias ont utilisé à volonté les termes polémiques de "suppression" et "des programmes du lycée", si bien que l'on créé des idées reçues.
Mais c'est aussi le signe de l'attachement français à la littérature, à l'histoire, aux arts, en bref à toutes ces disciplines proclamées "non utiles" par la société moderne. Une société ne peut exister sans littéraires, elle se ruinerait. Même la plus matérialiste en contient, et heureusement ! Sans eux, notre monde perdrait son âme...... Les maths n'ont pas la même symbolique....
02 décembre 2009
Je voulais arriver en retard, mais en fait, je n'ai pas pu. J'ai tourné dans Carrefour, je n'avais pas envie de lire, j'attendais juste que l'heure tourne. Bon, autant y aller alors..... Le portillon a sonné quand je suis sortie. Tiens, qu'est ce que j'ai volé encore ? Depuis que j'ai appris que je volais des revues juridiques dans les bibliothèques universitaires, je ne sais plus à quel saint me vouer...... Mais c'était juste parce que j'avais oublié de retirer l'étiquette d'un sous pull que j'avais acheté la veille..... Comment se rendre stupide en trois leçons...... Au moins, ça m'a occupée cinq minutes de plus.....
Forcément, le jury était en retard d'une demi-heure. Une bonne centaine d'élèves poireautait à la porte, en sautillant partout. Nerveusement, je tirais sur les cheveux de ma voisine en répétant que je n'allais pas l'avoir, j'ai ri avec un ami : "peut-être qu'ils ne vont annoncer que la liste des ajournés... Les faire monter sur l'estrade et leur offrir un lot de consolation - pour deux échecs, la troisième inscription à l'IEJ est gratuite !"
J'avais beau être tellement stressée que j'étais sur le point d'en vomir, j'ai quand même bien rigolé.
Notre cher professeur est arrivé, un peu dandinant...
"Pour la majeure partie d'entre vous, c'est un grand jour.... L'entrée dans une nouvelle profession.... Je peux en parler, je suis avocat depuis longtemps.... Pour les autres, il y aura quelques déceptions. Certains n'ont pas eu de chance, d'autres ne sont pas encore prêts. Ils peuvent venir me voir pour en parler s'ils le désirent. Mais il faut mieux ne pas entrer dans une profession sans la formation adéquate."
C'est lui qui a charmé ma demi-heure de grand oral.... Mais là, je l'ai trouvé plutôt sympathique.
"Bon, la liste administrative, c'est un peu formel.... si on faisait ça par ordre de mérite ?"
Par ordre de mérite !!!! Mais oui bien sûr.... Comme si ce n'était pas suffisamment stressant comme ça..... Bon allons-y. J'applaudis à la première, que d'ailleurs, je ne connais pas, au deuxième. Je suis sincèrement heureuse à l'annonce du troisième car c'est un camarade de classe. Ensuite, les noms s'égrènent. J'en reconnais certains, mais pas le mien. Avec la jeune fille en face de moi, nous échangeons des regards anxieux, l'air de dire "bon, ben tant pis.....Ce sera pour l'année prochaine". A chaque nom, des gens crient, applaudissent. Chacun a son fan club. Le bruit m'agace un peu, car pendant ce temps là, on n'entend pas les noms des autres.....
Bizzarement, depuis que la proclamation a commencé, mon stress est retombé, je suis juste fataliste. Enfin, mon nom est annoncé. Je suis loin d'être la première, mais loin d'être la dernière non plus.... J'ai un coup au coeur, puis mon stress s'éteint complètement. Peu après, les noms de mes amies sont annoncés. L'une d'entre elles n'est pas venue, tant elle était sûre d'échouer. Mon premier coup de fil sera pour elle....
Pendant ce temps, l'annonce se termine... "Et le dernier admis est... " Je n'entends pas le nom mais je songe au stress de ce pauvre candidat. "Voilà" conclut le professeur d'un air ravi. Il referme sa liste. "Les autres sont ajournés." Ou comment ruiner le moral des pauvres qui n'ont pas entendu leur nom. Derrière moi, un garçon que je connais peu mais que j'aime bien a l'air pétrifié. Il fonce vérifier la liste. En vérifiant moi même, je vois qu'il a raté l'admission à quelques dixièmes de points.....
Les félicitations s'échangent à tout va, je croise pourtant quelques regards embués de larmes, des sanglots ou bien des pauvres sourires aux yeux rougis. Machinalement, j'adresse des compliments à une fille que je connais, avant d'apercevoir à ses côtés une blondinette qui tente de faire bonne figure.... Mince, une gaffe de plus, mais au passage, j'admire cette fille manifestement recalée mais qui m'adresse quand même un petit sourire.
Bon, cela se fête au champagne. Le stress m'a donné chaud, j'ai très soif. J'agrippe avec difficulté une coupe, puis une bouteille. Je bois trop vite un champagne mousseux peu goûteux, qui me monte tout de suite à la tête. Je n'ai jamais supporté l'alcool, ça se confirme. Quelques pas plus loin, je me prends les pieds dans mon manteau, je glisse.... euh, non, je tombe ! Je me retrouve par terre, une de mes ballerines ayant disparu dans l'incident. Comment avoir l'air stupide en trois leçons (c'est la deuxième fois que j'utilise cette phrase dans le texte, remarquez bien).
30 novembre 2009
Demain ! Demain, c'est demain ! Depuis vendredi, je suis libre, en semi-vacances. Mardi dernier, mes oraux de finances publiques et de procédures civiles d'exécution se sont bien passés. Vendredi, ce fut l'oral de droit patrimonial. J'avais tout appris en deux jours, mais ce fut le meilleur oral. J'ai pu répondre à toutes les questions de l'examinatrice, qui s'est révélée être mon ancienne directrice de mémoire.
Après l'examen, nous avons papoté. Non, mon grand Oral ne s'est pas très bien passé... .(enfin, pas bien passé du tout).
"Ah bon, mais pourtant, vous êtes bien à l'oral, vous ! Vous avez eu qui comme jury ?"
"M X"
"Aie...." J'avais entendu dire qu'ils étaient loin d'être amis. D'ailleurs, M X est sûrement le professeur le plus controversé de l'université.
"Le tout, c'est de ne pas avoir deux," m'a-t-elle murmuré d'un ton compatissant. "Et heureusement que vous avez choisi le maximum d'options ! Ceux qui ne le font pas ont parfois des surprises."
"Deux, c'est éliminatoire, non ?" murmurai-je, le regard fixé sur le Code Civil, sur sa table.
"Oui !"
J'imaginais que l'après examen serait une fête permanente, que je me sentirais libérée et rieuse, prête à chanter dans les rues.... Euh, en fait, non. Je ne me sens pas du tout libérée. J'attendais pourtant beaucoup de cette petite balade au centre commercial. Comme le dit Becky Bloomwood, l'accro du shopping, les centres commerciaux sont si jolis, lumineux et avec de la musique ! Mais une petite voix tourne dans ma tête : "le tout, c'est de ne pas avoir deux...."
En réfléchissant bien, il me semble de plus en plus improbable que je puisse avoir réussi.... Après le Grand Oral, je gardais espoir, mais j'étais trop optimiste... Trop de jolis événements se sont passés dans ma vie ces derniers temps, ce qui m 'a rendue euphorique. Mais me voilà rendue à la lucidité. Je ne vois pas comment j'aurais pu réussir, je n'ai répondu à aucune question..... Réponse demain.....
Les blogs
Depuis quelques jours, je feuillette parfois l'annuaire des blogs, section "Amours et Sentiments." La plupart des blogs ne sont pas des oeuvres d'art, certes..... Beaucoup sont plutôt naïfs..... Je me souviens des critiques sur ce genre de média : "les gens croient ils donc que leur vie est intéressante ?" Certes, je ne vois là que des vies ordinaires.... M'attarde sur certaines d'entre elles : cette jeune femme dont le mari s'est suicidé il y a deux mois.... Cette autre, plus âgée, qui mène depuis des années une vie de couple laborieuse..... Cet homme voulant garder le souvenir d'une fille qu'il a aimée adolescent, puis retrouvée sur Copains d'Avant, et enfin perdue de nouveau..... Je ne suis pas d'accord avec les critiques des blogs. Ces vies sont peut-être banales, le style peut être chaotique... Mais l'ensemble demeure touchant. Il s'agit là de sentiments que tous, nous pourrions avoir ressenti, mais que nous n'aurions pas osé exprimer. En lisant leurs textes, j'ai aimé ces hommes et ces femmes que je ne connais pas, mais qui nous ressemblent tous.
26 novembre 2009
Une dernière réflexion sur le reportage de mardi soir..... La réaction des psychologues face au témoignage d'une jeune fille de 13 ans ayant entretenu une relation avec son professeur trentenaire m'a abasourdie.
A l'époque, elle se pensait amoureuse de ce jeune homme charismatique et séduisant. Elle s'était soumise à des relations sexuelles (non protégées) avec lui. Pour autant, lui était marié et riait de la voir se consumer de jalousie. Elle n'avait que 13 ans mais il disait rêver d'un enfant avec elle....
Aujourd'hui âgée de 20 ans, la jeune femme disait comprendre ce qu'une pareille idylle pouvait avoir de malsain et remercier ses parents d'y avoir mis fin en portant plainte contre le professeur. Avoir été reconnue comme victime lui avait fait du bien, mais elle se jugeait encore "brisée".
La réaction des psychologues portait sur "le processus de victimisation". Cette jeune fille ne s'était reconnue victime que parce que la société lui avait renvoyé cette image d'elle-même. D'ailleurs, son discours était clair : sa seule souffrance avait été d'être amoureuse, de se sentir trahie. Et le professeur avait été condamné. "Mais si elle était sortie avec un mineur de 17 ans et demi", alors la loi n'y aurait rien eu à dire, soutenaient les spécialistes, "même si ce mineur s'était montré brutal ?"
J'en ai été passablement indignée.
Quelqu'un à qui on fait du mal n'a sur le moment que peu de recul sur sa situation. C'est d'ailleurs la raison de son mal être. On commence à guérir à partir du moment où l'on prend conscience du mal qui nous a été fait. A 13 ans, il est normal que la jeune fille n'ait pas saisi que consentir à des relations sexuelles avec son professeur trentenaire pouvait la blesser. A cet âge, rien d'étonnant non plus à ce que l'on soit fragile, en proie à la jalousie. Ne pas prendre soin d'une si jeune partenaire, c'est cela lui faire du mal. Sa situation ne peut être assimilée à une amoureuse classique..... Cette jeune fille était bien victime, et que ce statut lui ait été reconnu est certainement un premier pas vers sa guérison.
Le même processus de cicatrisation s'applique à toutes les douleurs, même si personne n'en est l'auteur. Il est traumatisant de dire à quelqu'un venant de subir un deuil, par exemple, d'aller de l'avant une semaine après la mort de l'être aimé. Au contraire, il convient de lui faire prendre conscience du choc qu'il a dû affronter et de le laisser s'en remettre à son rythme. La même solution s'applique à celui qui vient de perdre son emploi, ses amis, qui a été humilié. Sur le moment, le choc est tel que l'on ne saisit pas la gravité de la situation. On ne souffre pas, on est juste glacé.
C'est encore plus flagrant dans les cas où quelqu'un est l'auteur de la blessure. Une victime de viol peut ne pas se rendre compte de la violence qui lui a été faite. Elle peut avoir accepté une invitation à dîner de son futur violeur, elle peut avoir accepté que l'autre la raccompagne, et culpabiliser d'avoir donné de pareils gages à son futur agresseur. Elle peut avoir vaguement ressenti du plaisir au moment de l'acte. Si elle ne réalise pas qu'elle n'a pas à se sentir coupable, alors les dommages psychologiques peuvent être graves.
Idem pour une victime de harcèlement sexuel ou moral au sein de l'entreprise, par exemple, ou pour un enfant souffrant d'avoir été délaissé par ses parents. Dans toutes ces situations, on n'est pas certain que l'autre soit réellement responsable. L'employé peut penser avoir commis une faute ayant justifié le harcèlement, l'enfant se dire que ses parents ont le droit de partir des années à l'étranger sans lui ou même avoir dans l'idée qu'il ne mérite pas l'intérêt des auteurs de ses jours.
Prendre conscience alors de sa situation de personne en souffrance ainsi que de l'éventuelle responsabilité de l'autre permet d'explorer sa douleur, sans honte de l'exposition. C'est tout l'intérêt de la psychanalyse, justement, et c'est le premier pas vers la guérison. Ensuite, bien entendu, il ne s'agit pas de s'attarder dans cette position de souffrance. Le but demeure de la dépasser.
Mais le déni, ou bien la remise en question par d'autres de la réalité de la souffrance, peut être grave. Cette jeune fille n'a peut être pas apprécié le commentaire des psychologues. Dénier avoir souffert peut conduire à des comportements auto destructeurs chez les plus fragiles qui vont rester plongés dans leur mal être, sans en identifier les causes. Au contraire, chez les plus forts, ce déni peut entraîner une position de fermeture aux autres, de sévérité à l'égard de toutes les autres faiblesses. Une personne ayant cet état d'esprit risque de rechercher toute sa vie l'attention dont elle a été privée. Son entourage qui ne pourra satisfaire à une telle demande d'absolu peut en pâtir.
Alors oui, cette jeune fille est victime, et elle l'aurait été même si son compagnon avait été lui aussi mineur. Mais un homme mûr avait pleinement conscience de la portée de ses actes, au contraire d'un adolescent. De plus, quelqu'un de 17 ans n'aurait pas eu le même pouvoir de nuisance dans l 'esprit d'une fillette.
La place de la victime dans le procès pénal, que voulaient certainement évoquer les psychologues, est une autre question. Qu'on soit ou non dans le cadre judiciaire, je pense qu'il n'est jamais bon de dénier à quelqu'un sa position de personne en souffrance et à mon avis, ces hommes auraient pu s'en dispenser.
Mourir d'aimer
Mardi soir, j'ai regardé le téléfilm "Mourir d'aimer" et le débat sur l'amour prof / élève qui l'a suivi. Bien entendu, j'avais entendu parler de Gabrielle Russier, sans connaître les détails de l'affaire.
Que penser des relations prof / élève ? La pauvre Gabrielle Russier a manifestement été une victime de son époque... Quelques temps après, la majorité est passée de 21 ans à 18 ans. Son élève étant âgé de 17 ans et demi, elle n'aurait plus pu être accusée de détournement de mineur. Le Code Napoléon, encore en vigueur alors, était archaïque, punissant une femme davantage qu'un homme pour ce type de relations.... La loi sur le divorce était encore fragile..... Dans l'après mai 68, les tenants de l'ordre moral étaient encore vigoureux.
Physiquement et intellectuellement, Christian Rossi paraissait bien plus mûr que son âge. Gabrielle ne pouvait voir en lui un enfant. Sans compter qu'étant militant communiste, son esprit semblait formé, du moins suffisamment pour éviter le piège de la manipulation mentale par une femme plus âgée. Aujourd'hui, leur histoire ne choquerait guère.
Néanmoins, toutes les relations professeur / élève ne sont pas aussi belles. Le risque de la manipulation mentale est bien présent, surtout si l'élève a 13 ou 14 ans..... Que sait-on à cet âge des relations amoureuses ? Peut on consentir librement à une relation sexuelle ? La loi, qui fixe à 15 ans la majorité sexuelle, ne le pense pas..... En réalité, c'est surtout la relation adulte / mineur qui est mise en question. A cet égard, un des témoignages du documentaire était édifiant. La collégienne de 13 ans ayant eu une relation avec son professeur en était ressortie plutôt abîmée.
Il est normal qu'un adolescent s'amourache d'un adulte se situant hors de sa sphère familiale. Par ce geste, il s'émancipe, il grandit. Mais l'adulte, de son côté, doit être vigilant. Il est normalement de son devoir de cadrer l'adolescent, leur rappelant la différence d'âge. Le jeune qui subit son premier refus sentimental peut en être troublé sur le moment, mais avec le recul, cela l'aide à grandir. Le risque, c'est que l'adulte abuse de son autorité sur l'adolescent pour nouer une relation sentimentale, voire sexuelle. A cet âge, on est fragile et malléable. On peut se laisser changer par un adulte que l'on admire et qui peut se montrer critique, brutal.....
Ensuite, des cas particuliers de belles histoires existent. Dès lors qu'il n'existe pas de risque de manipulation mentale, pourquoi pas ? L'adolescent peut se révéler plus mature que son âge, surtout s'il a 16 ou 17 ans. A cet âge là, on est déjà plus formé qu'à 13 ou 14 ans et on peut décider de sa vie. De plus, l'écart d'âge entre le professeur et l'élève peut n'être qu'infime. Condamner un professeur de 22 ou 23 ans pour aimer un élève de 16 ou 17 ne semble pas très adroit. Aujourd'hui, il existe de nombreux couples où la femme a la quarantaine et l'homme la vingtaine, sans que personne ne s'avise d'en être choqué.
Si j'ai pu être troublée par le témoignage d'une enseignante de 33 ans amoureuse de son élève de 14, je ne me reconnais pas pour autant le droit de juger. Certes, l'élève paraissait un peu jeune pour aimer... Certes, un tel couple peut étonner.... Dans le téléfilm, imaginer Muriel Robin en couple avec un gamin de 16 ans peut, de même, paraître incongru. Néanmoins, à partir du moment où cela ne fait de mal à personne, pourquoi pas ? Le jeune homme de 14 ans, en difficulté scolaire et affective à l'époque de sa rencontre avec son professeur, est sur la bonne voie aujourd'hui. Il a donc tiré profit de cette histoire d'amour. De même, le professeur peut se trouver en situation de grande solitude, et qui pourrait lui reprocher de se laisser attendrir ?




